INTERVENTION du F. J. D'HUITEAU A L'AMEL DU PROCHE ORIENT
AVANT-PROPOS
D'abord je tiens à vous dire le plaisir d'être parmi vous. En effet cela me permet de retrouver des visages connus en des circonstances antérieures et d'en découvrir de nouveaux avec lesquels, je l'espère, je pourrai faire plus ample connaissance.
C'est la seconde fois que je participe à une rencontre du District du Proche-Orient. En juillet j'étais à Beyrouth pour le Chapitre des Frères. Maintenant me voici au Caire pour votre 2ème Assemblée de la Mission éducative lasallienne.
Ma présence est liée à ma nouvelle fonction : celle de Conseiller général pour la Région Europe Méditerranée. Cette responsabilité est nouvelle dans l'Institut puisqu'elle a été décidée par le dernier Chapitre général. De même la Région Europe Méditerranée est une entité à peine née car sa naissance a été décidée le 8 mai dernier. Rien n'est donc figé, gravé dans le marbre. Nous sommes dans une période de création, d'invention. Et je pense que ceci reflète bien ce que la situation actuelle réclame de nous : savoir être inventifs, à la fois héritiers d'un passé qui eut sa grandeur et sans lequel nous ne serions pas ici, enracinés dans un présent qui réclame beaucoup d'énergie et des convictions fortes, tournés vers un avenir incertain dont nombre d'éléments ne dépendent pas de nous et dont nous pouvons néanmoins être des batisseurs.
Il m'a été demandé d'intervenir au début de votre assemblée. Mon rôle n'est pas d'orienter vos débats et encore moins d'anticiper sur les résultats de votre réflexion. Plus modestement je voudrais devant vous faire le point sur le moment que nous sommes en train de vivre comme Frères et comme lasalliens. En effet il est bon avant de prendre des décisions qui orientent l'action et qui engagent les décideurs de mesurer la situation qui est la nôtre et d'avoir bien en tête des données qui peuvent éclairer les débats car plus ou moins explicitement elles sont présentes dans nos esprits.
Mon propos comportera deux parties :
situer ce moment que nous vivons dans une histoire qui se construit, et à la construction de laquelle nous contribuons.
évoquer les perspectives ouvertes par l'Assemblée internationale de la Mission éducative lasallienne et le Chapitre général par rapport à la Mission éducative et par rapport à l'Association pour la Mission.
I- UNE HISTOIRE QUI SE CONSTRUIT
Dans le cadre qui est le nôtre, se resituer dans une histoire suppose de prendre en compte deux dimensions :
l'Histoire de l'Institut des FEC
l'Histoire lasallienne au Proche-Orient
Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans un panorama exhaustif pour lequel je n'ai ni le temps ni la compétence. Je voudrais simplement pointer quelques éléments qui me paraissent présenter un intérêt pour nous aujourd'hui. En effet :
ils nous permettent de relativiser ce que nous vivons et qui peut parfois nous inquiéter voire nous faire peur. Or nous pouvons repérer dans notre histoire la permanence de certaines difficultés qui n'ont pas empêché l'histoire de se poursuivre
ils nous invitent à nous recentrer sur l'essentiel de l'intuition à laquelle nous nous référons et qui constitue une sorte de boussole dans une mer souvent agitée et un horizon parfois obscurci
ils nous invitent à une fidélité créatrice qui sait recueillir un héritage pour lui faire produire des fruits, fût-ce au prix de transformations de cet héritage au nom justement de la fidélité à ce qui a permis de le constituer.
1- L'Histoire de l'Institut
Il me semble que l'on peut la résumer de la façon suivante :
11- C'est une histoire pleine de rebondissements, de virages imprévus et de renaissances improbables. Il suffit de penser à l'histoire des commencements comme dit J.B. De La Salle, à l'écroulement de la Révolution française suivie de la renaissance au XIXème siècle en France ; de la dispersion de 1904 qui a provoqué une expansion qui n'était absolument pas programmée. Maintenant les Frères ont à faire face à une situation qui étaient impensable et impensée il y a 50 ans, du moins en France : une augmentation du nombre de jeunes de tous âges qui fréquentent les institutions lasalliennes, une diminution du nombre de Frères et un engagement de plus en plus massif de Laïcs.
12- C'est une histoire enracinée dans une figure charismatique, dynamisée par une spiritualité adaptée, guidée par des convictions éducatives fortes, relancée sans cesse par le regard de foi porté sur les événements.
La figure charismatique est évidemment celle de J.B. De La Salle. Ce qui me frappe le plus aujourd'hui c'est qu'un homme du XVIIème siècle puisse encore être inspirant et susciter l'envie de poursuivre l'aventure qu'il a lancée.
La spiritualité adaptée est celle qu'a forgée par sa vie, sa réflexion et sa prière ce même J.B. De La Salle. Cette spiritualité présente les caractéristiques suivantes :
¤ elle fait de l'oeuvre éducative un chemin de rencontre de Dieu et d'accomplissement de soi-même
¤ elle met au centre de la relation éducative un idéal de fraternité dont la forme d'organisation, le style de présence aux jeunes, la collaboration entre adultes concrétisent et manifestent la pertinence
¤ elle implique une cohérence entre le dire et le faire, entre la parole et l'exemple donné
¤ elle suppose d'aller au-delà des apparences du jeune, de son comportement, de ses attitudes pour percevoir en lui une dignité et un avenir qu'il tient de sa filiation divine.
Les convictions éducatives sont :
¤ croire en l'éducabilité de tout jeune
¤ penser qu'il n'est pas de formation du jeune qui ne passe par la bienveillance du regard, la connaissance personnelle de chacun, la valorisation et le développement de ses talents, fût-ce au prix d'un travail exigeant.
¤ être persuadé qu'une action éducative, surtout auprès de ceux qui ont des difficultés, ne peut se réaliser qu'en équipe, une équipe soudée par des projets, où chacun a sa part de responsabilité
13- C'est une histoire marquée par le sens de l'anticipation, la faculté de percevoir ce qui dans le domaine de l'éducation est porteur d'avenir pour les jeunes et pour les oeuvres. Je pense que ce sens de l'anticipation est lié à l'attitude qui consiste à voir les besoins en face, à les analyser et à imaginer des réponses adaptées à la réalité et non aux désirs ou aux idéologies.
2- L'Histoire de la présence lasallienne au Proche-Orient
Il y a parmi vous des personnes plus compétentes que moi pour l'exposer. Cependant à travers ce que j'en connais il me semble que cette histoire présente les caractéristiques suivantes :
21- une histoire placée sous le signe de l'ouverture et de l'accueil aux plans religieux, social, ethnique
22- une histoire marquée par la nécessité permanente de s'adapter à des situations variées à cause de la diversité dans l'espace et le temps de l'environnement religieux, social, politique, économique, juridique
23- une histoire où la question de l'inculturation a été prégnante et a donné lieu à des réponses diverses voire opposées suivant les lieux et les époques allant de la tentation du repliement sur un univers clos, se percevant comme auto-suffisant (d'où à une certaine époque un faible apprentissage de l'arabe ou du turc), à un enracinement local avec la naissance de vocations autochtones
24- une histoire qui a laissé un héritage dans les esprits et dans les institutions éducatives ainsi que dans la société (cf. déclaration du patriarche copte catholique d'Alexandrie) .
C'est de tout cela dont nous sommes porteurs et bénéficiaires. C'est à partir de tout cela qu'il s'agit de construire notre part d'histoire. L'Assemblée de la MEL est l'instance collective, avec la communauté du District, qui est désormais en charge de faire fructifier l'héritage.
Mais sur quel horizon ? Selon quelles orientations ?
L'AIMEL et le Chapitre général nous les précisent.
II- L'AIMEL et le Chapitre général
Ce sont les deux derniers rendez-vous marquants de la période de l'Histoire de l'Institut dans laquelle nous sommes présentement.
Je ne reviens pas sur leur déroulement que vous avez peut-être suivi par internet interposé. Vous avez reçu les conclusions de l'AIMEL. Vous avez pu découvrir sur le site de l'Institut la circulaire présentant les résultats du Chapitre.
Mais il ne faut pas dissocier ces deux rendez-vous de leur préparation.
Avant l'AIMEL ont eu lieu des assemblées régionales ou de district. Elles ont permis :
de faire le point sur les situations vécues et les projets en cours : par exemple en France l'auto-évaluation
de se donner des orientations et de prendre des décisions concrètes, évaluables, à mettre en oeuvre d'ici la prochaine assemblée. C'est ce que vous avez fait et c'est ce qui vous rassemble aujourd'hui.
Avant le Chapitre général les Frères ont été invités à réfléchir autour du thème « Etre Frère aujourd'hui ». Cette réflexion a permis :
de prendre la mesure des événements, des évolutions sociales, religieuses, culturelles, démographiques qui affectent la manière dont les Frères se représentent et vivent leur vocation, et envisagent l'avenir
de prendre ou de reprendre conscience du sens et de la valeur de la vocation de Frère dans l'Eglise et les sociétés où ils vivent, sens et valeur qui peuvent ne pas être les mêmes selon les sociétés et les types d'Eglise. Au Proche-Orient où les Frères ont gardé une identité forte comme enseignants et éducateurs de valeur il me semble que l'accent particulier de la vocation de Frère pourrait être de signifier comment la foi au Christ est ferment de fraternité, source d'ouverture à la différence d'âge, de convictions religieuses, de condition sociale. On retrouve cela en France chez les Frères qui vivent et travaillent dans les cités de banlieue.
A quoi ont abouti ces deux démarches ?
Un premier point à noter est qu'elles ne se sont pas superposées ni opposées. Tout au long de sa réflexion le Chapitre a eu en tête les conclusions de l'Assemblée internationale qui l'avait précédé et les a accueillies puisqu'il « demande à tous les niveaux de l'Institut (international, régional, local) de tenir compte des conclusions de cette Assemblée internationale dans les plans d'action des 7 années à venir » (Gouvernement – Ligne d'action 3.1). Au centre de l'Institut il est prévu la mise en place de deux secrétariats sur quatre chargés d'aider à concrétiser les résutats de l'Assemblée : l'un à la Mission éducative lasallienne, l'autre pour la Famille lasallienne et l'Association. Chaque secrétariat aura un Conseil composé internationalement.
La seconde remarque est qu'elles se retrouvent pour formuler les mêmes constats, les mêmes questions et formuler les mêmes orientations :
* Un premier constat commun est que les mutations de notre monde engendrent des situations nouvelles qui sécrètent des besoins face auxquels notre créativité et notre dynamisme sont sollicités :
¤ les nouvelles situations familiales
¤ les nouvelles formes d'exclusion, en particulier celles qui naissent des phénomènes migratoires, du développement des nouvelles technologies, du chômage lié soit à une situation politique conflictuelle, soit aux règles économiques en usage dans le libéralisme dominant.
¤ les nouvelle configurations religieuses, en particulier le mélange des religions dans des aires géographiques jusque là monoreligieuses.
Pour vous cette situation n'est pas nouvelle. Mais ce qui est sensible aujoud'hui c'est le risque de radicalisation et de repli identitaire dont les chrétiens font souvent les frais. D'où la nécessité plus urgente que jamais de construire des ponts, d'offrir des lieux de rencontre et de dialogue en vérité et sans complaisance.
Une des nécessités dans ce monde en mutation est d'apprendre à gérer la complexité. Cela suppose d'intégrer dans l'élaboration des projets et leur mise en oeuvre quelques données fondamentales :
= la nécessité de constituer des réseaux pour favoriser le partage des expériences, des compétences, tenter de peser sur les décideurs politiques, s'épauler, se faire connaître, susciter un sentiment d'appartenance à une réalité plus vaste que le champ étroit d'un établissement, faciliter la mobilité. Nous retrouvons là une vieille intuition qui a valu à J.B.S. un certain nombre de conflits avec les autorités de son époque.
= la nécessité de nouer des partenariats pour bénéficier de compétences n'existant pas dans le réseau, et pénétrer certains milieux inconnus au départ (cf.Association de Haute Egypte)
* Un second constat commun est la nécessité de clarifier nos perceptions et nos intuitions pour pouvoir communiquer et élaborer des propositions d'engagement et d'action qui soient compréhensibles et crédibles. Ce souci de clarification concerne au moins deux domaines pour lequels vous me paraissez en première ligne :
¤ la place de la référence chrétienne dans la démarche lasallienne, laquelle inclut indissociablement une mission sociale et ecclésiale ainsi qu'une spiritualité enracinée dans la foi chrétienne. L'enjeu est l'ouverture à ceux qui tout en ayant d'autres références religieuses ou humanistes se reconnaissent partie prenante de la Mission éducative lasallienne et s'y engagent non seulement comme de bons professionnels mais comme des éducateurs soucieux de prendre en compte l'élève dans toutes ses dimensions. Ce qui est en jeu c'est la composition de nos équipes éducatives, la participation aux formations proposées dans le cadre lasallien, le contenu de ces formations, l'offre de responsabilité, la mission des institutions scolaires et leur manière de l'accomplir.
Sur cette question vous avez une longue pratique. Il serait intéressant que vous l'analysiez et que vous tiriez de cette analyse des points de repère qui pourraient être utiles dans d'autres contextes même si rien n'est transposable tel quel.
¤ le second domaine est l'élaboration de modèles d'association adaptés à la situation de ceux qui sont susceptibles d'y participer : les Frères qui vivent déjà un type d'association adapté à la condition de religieux, les Laïcs dont certains vivent aussi un type d'association dans la vie matrimoniale.
Aujourd'hui la possibilité de vivre la Mission en en partageant entre Frères et Laïcs toutes les dimensions (pédagogiques, éducatives, pastorales) et en y prenant des responsabilités est un fait acquis dans presque toutes les régions de l'Institut. Le temps n'est plus où les Frères étaient les seuls « maîtres à bord » et se percevaient comme les seuls dépositaires de la Mission éducative lasallienne.
Pour autant nous n'avons pas encore véritablement élaboré un ou des modèles d'association :
= qui prennent en compte chacun dans son identité propre : celle de Frère et celle de Laïc
= qui permettent à chacun de parcourir un itinéraire propre aux plans professionnel, humain, spirituel
= qui fassent entrer dans un partage des responsabilités perçu sur le mode de la complémentarité, d'un engagement plus fort au service d'une Mission locale mais aussi plus large.
= qui peuvent permettre à des Laïcs de s'associer entre eux dans un partenariat étroit et clairement structuré avec les Frères
Et pourtant ce ou ces modèles d'association sont indispensables pour assurer l'avenir de la Mission éducative lasallienne dans le monde.
La possibilité de cette clarification suppose que soient remplies des conditions tant chez les Frères que chez les Laïcs.
= du côté des Frères :
+ l'acceptation sereine de la fin d'un type d'Institut qui se percevait comme auto-suffisant, capable de conduire seul des projets et de prendre toutes les décisions concernant les oeuvres
+ le renforcement de leur manière de vivre l'association (cf. la mise en valeur du voeu au cours du Chapitre) en la situant bien dans notre démarche de consécration de notre vie à Dieu qui se réalise dans le service éducatif des jeunes en difficulté, la vie fraternelle vécue en communauté et la vie de prière.
A cet égard le Chapitre général nous a donné des directions claires sur la vie intérieure, la vie communautaire, notre association pour le service éducatif des pauvres, que vous pourrez lire dans la circulaire 455 parue sur le site internet.
= du côté des Laïcs
l'adhésion de l'esprit et du coeur aux valeurs, aux objectifs, aux comportements qu'implique l'engagement dans la Mission éducative lasallienne
la volonté d'inscrire un engagement professionnel dans la perspective d'une mission reçue et vécue à la fois individuellement et collectivement
la participation active à la vie et à l'action d'un corps social et religieux où l'action tire son sens et son dynamisme d'un projet mis en oeuvre collectivement et d'une spiritualité enracinée dans l'évangile, certains, les chrétiens, le lisant comme une révélation de Dieu, d'autres qui n'adhérent pas à la foi chrétienne comme un message d'amour et de compassion allié à une profonde sagesse humaine.
Comment cette clarification peut-elle s'opérer ?
Il ne s'agit pas de bâtir un modèle construit de manière théorique à partir de quelques principes théologiques, sociologiques ou juridiques même si la théologie, la sociologie, le droit ne sont pas étrangers à la réflexion et aux décisions
Il ne s'agit pas de favoriser une prolifération anarchique d'expériences menées au gré d'initiatives individuelles et incontrôlés
Il s'agit pour ceux qui veulent vraiment l'association (Frères et Laïcs) de poser des actes, de manière discrète mais concrète dans le quotidien du travail éducatif vécu comme un engagement fort, inscrit dans la durée, et au sein d'une équipe éducative. Pour certains laïcs qui s'y sentent appelés il peut s'agir d'exprimer de manière publique, comme le font les Frères mais de façon différente, un engagement pris devant la communauté éducative, le District, le réseau local, et reconnu par les Frères et les Laïcs qui se sentent concernés par l'avenir de la Mission lasallienne et s'y engagent fortement. C'est sans doute le sens d'une suggestion lue dans les extraits des actes de la MEL : « Concrétiser le thème « associé »par un signe et une démarche »
Il s'agit d'inventer des types de partage de la mission prenant la forme de communautés de mission « mixtes » dont les modalités peuvent être diverses mais qui sont fondées sur le partage de la prière, de l'action éducative, et une convivialité forte empreinte de fraternité. De telles communautés seront sans doute minoritaires, fortement engagées dans le service de jeunes en grande difficulté, temporaires. Mais elles existent déjà et le développement du volontariat lasallien peut en accroître le nombre. Le Chapitre général a invité les Frères à favoriser la naissance de communautés dites « alternatives ». Le terme n'est pas forcément clair mais il renvoie dans l'esprit des capitulants aux formes de vie dont je viens de parler.
Il s'agit enfin d'élaborer des repères à partir de la tradition vivante de l'Institut, de ce qui se vit sur le terrain, se cherche, s'approfondit peu à peu. Ma conviction est que l'association sera une aventure humaine et spirituelle fondée sur la foi (en Dieu, en l'Homme, en la grandeur de l'oeuvre éducative), la fraternité (convivialité, confiance et respect mutuels, responsabilités partagées, appui réciproque...), le service (disponibilité, attention, engagement, compétence...) ou ne sera pas. Cette aventure n'est envisageable que dans le cadre d'un parcours humain et spirituel où interviennent engagement éducatif, fraternité vécue, approfondissement de la pensée éducative et de la spiritualité lasalliennes. D'où la nécessité de favoriser l'expérience de rencontres et de partage au niveau local et de District, en particulier dans le cadre de la formation.
Au-delà de l'association c'est l'existence même d'une famille lasallienne qui est en cause. Ce concept qui n'est pas nouveau dans l'Institut car il apparaît dès 1976 a connu des fortunes diverses selon les pays. Certains l'emploient, d'autres s'en méfient. L'AIMEL l'a utilisé dans sa proposition « d'un nouveau Conseil international de l'Association lasallienne pour la Mission qui représente avec voix et vote tous les membres de la Famille lasallienne » (8.2.1.). Il apparaît aussi dans l'orientation sur la formation initiale et continue pour la Mission et l'Association où il est question de l'élaboration d'un guide (7.1.1). Le Chapitre général de son côté a demandé que « le gouvernement de l'Institut prenne l'initiative de bâtir dans les deux années à venir un modèle possible de Famille lasallienne dans la ligne des nouvelles formes de vie présentes dans l'Eglise ». (Association pour le service éducatif des pauvres – ligne d'action 3.3). De fait le Conseil général a décidé de créer un secrétariat à la Famille lasallienne et à l'association chargé de voir ce que pourrait être une Famille lasallienne organisée et repérable.
Pour ma part je crois qu'il existe en de nombreux endroits un « esprit de famille », marqué entre autres par le fait que des personnes différentes par le style de vie, le sexe, la culture, l'âge, ont un langage, des comportements, des centres d'intérêt communs. Pour autant il faudra certainement du temps avant que tous les membres potentiels de cette famille (les frères, les Soeurs lasalliennes, les catéchistes de Jésus crucifié, les Laïcs associés de fait ou « de jure ») se retrouvent dans une structure commune dont il faudra bien définir l'objectif et les prérogatives. Pour ma part je pense que l'urgence est la mise en place et la pérennisation de formes d'association entre Frères et Laïcs, et en certains lieux de Laïcs lasalliens entre eux.
CONCLUSION
Il s'agit de conclure mon propos mais certainement pas la réflexion.
Pour moi la caractéristique essentielle de l'Assemblée internationale de la MEL comme du Chapitre général est d'avoir pointé les lieux stratégiques essentiels où se joue l'avenir de la Mission éducative lasallienne et d'avoir dégagé des perspectives d'action. Mais ils n'ont pas clos la réflexion, élaboré un moule où il ne s'agirait plus que se couler. Ils ont plutôt ouvert des chantiers où tous les acteurs de la MEL ont leur place, à des niveaux divers de réflexion et de décision. Vous en représentez un, peut-être le plus important car ce que vous déciderez vous êtes, j'en suis persuadé, capables de le réaliser. C'est vous qui connaissez votre terrain, c'est vous qui pouvez actionner les leviers des changements nécessaires pour que s'écrive une autre page de l'Histoire lasallienne dans un Proche-Orient qui a besoin de personnes conduites par l'esprit de foi, de fraternité et de service et qui sont capables de le communiquer aux jeunes de pays où la foi est menacée de fanatisme, la fraternité d'être un rêve et le service d'être perçu comme une naïveté.
F. Jacques d'Huiteau
Le Caire ( 13/10/07)
Mot d'ouverture de l'assemblée par le F. Visiteur
Chers Frères,
Chers Amis,
Nous voici réunis pour vivre notre 2e Assemblée de la MEL du District. Bienvenue à tous. Je vous remercie d’avoir accepté de prendre ces journées sur votre temps de congé. Je souhaite la bienvenue en particulier au Frère Jacques d’Huiteau, Conseiller Général pour la RELEM (Région Lasallienne Europe Méditerranée) qui a bien voulu être des nôtres pendant ces 3 jours.
Cette Assemblée que nous allons vivre s’inscrit dans un cheminement initié depuis plusieurs années. Il suffit, pour le moment, de rappeler les rassemblements internationaux et régionaux suivants :
le 43ème Chapitre Général de 2000,
le Chapitre de District de 2002,
l’Assemblée de la MEL du District de 2005 à laquelle la plupart d’entre vous a participé,
les différentes assemblées de la MEL dans les Secteurs du District,
l’Assemblée Internationale de la MEL à Rome en 2006 à laquelle nous avions délégué le Frère Noël Sakr et M. Walid Farah,
le 44ème Chapitre Général de mai 2007,
le Chapitre de District de juillet 2007 à Beit-Méry.
Et ce processus, dans lequel Frères et Laïcs se trouvent désormais engagés et unis, continuera à aller de l’avant. Nous avons voulu, nous aussi, la participation égale de Laïcs et de Frères dans cette Assemblée, chacun pouvant apporter sa contribution.
Il faut se souvenir aussi que Saint Jean-Baptiste de La Salle, notre Fondateur, n’hésitait pas à réunir ses principaux Frères pour des temps de réflexion, d’échange et de décision. Et cela nous rappelle que ces assemblées étaient pratiquées depuis l’époque des Prophètes. Dans ce sens, les paroles du prophète Aggée, proposées par la liturgie ces dernières semaines, m’ont inspiré quelques réflexions que je vous livre aujourd’hui.
« Réfléchissez à quoi vous êtes arrivés (Ag 1, 5-7)» dit Aggée. Invitation à regarder ce que nous avons vécu ou oublié de vivre. Nous voulons, durant cette Assemblée, entre autres, évaluer le chemin parcouru depuis novembre 2005. En effet, les Actes de notre première Assemblée de la MEL, qui a été vécue ici même, ont contribué à guider notre action durant ces 2 dernières années. Les rapports d’évaluation qui seront présentés durant la journée, en manifesteront le vécu. Des rencontres ont eu lieu dans les Secteurs durant lesquelles chacun a pu s’exprimer et relire les désirs et les souhaits contenus dans les Actes de la MEL de 2005.
Et le prophète poursuit : « Ils vinrent et ils se mirent à l’œuvre dans la maison du Seigneur (Ag 1,14)». Réunis dans la fraternité, nous voulons vivre ensemble ces journées et travailler avec la perspective de planifier ce que sera la période à venir. Nous avons les encouragements et le soutien de l’Institut qui a approuvé, durant le dernier Chapitre Général, le document issu de l’AIMEL « Associés pour la Mission Educative Lasallienne ». Il nous faut maintenant aller plus loin et poursuivre inlassablement notre Mission Educative, et mettre en application les propositions contenues dans ce rapport, en tenant compte aussi des défis, des horizons et des lignes d’actions proposés par le 44ème Chapitre Général, permettant ainsi une mise à jour de notre mission commune. Je souhaite donc que cette Assemblée définisse les grandes lignes de notre mission et de notre association pour les prochaines années.
« A partir d’aujourd’hui, je vais bénir (Ag 2, 19) », c’est la parole du Seigneur transmise par le prophète. Oui, faisons confiance et osons cette espérance qui déplace les montagnes, qui dynamise nos projets et qui nous rend inventifs malgré nos limites. Dieu se sert de l’infiniment petit, du petit reste pour faire grandir son Royaume. Nous sommes tout cela, et fragilisés encore par un contexte régional bien instable et incertain. Mais qu’importe, Dieu est avec nous et il fera fructifier le moindre petit geste, la moindre initiative pour demeurer fidèles à ce charisme lasallien qui nous anime tous. Les liens qui désormais nous unissent, au-delà de nos différences, de nos diversités et de nos contextes sociopolitiques, sont les garants du succès de notre action.
Je vous invite donc à vivre ces quelques jours ensemble dans la joie et la fraternité. Ayons à cœur d’édifier, par des propositions concrètes et réalisables, la maison du District. Nous sommes tous responsables et associés pour cette œuvre, et chacun doit être heureux de vivre dans cet ensemble que représente le District.
Par notre Association, nous pouvons faire surgir le meilleur et nous pouvons permettre aux jeunes qui nous sont confiés, quels qu’ils soient, de s’épanouir en personnes responsables pour demain. Osons donc avancer malgré nos fragilités.
Je termine en remerciant M. Michel Choucri et tous les membres de la commission préparatoire : F. Régis, MM. Waguih, Jean-Michel, Austa et Mounir, pour l’organisation de cette Assemblée. Merci à M. Magdi Kozman, directeur, de mettre à notre disposition toutes les possibilités de cet établissement qui nous accueille. Merci aussi à M. Medhat Nassif, directeur, pour son invitation à dîner ce soir au Collège de Bab-El-Louk.
Nous voici parvenus au terme de notre rencontre. La route parcourue ensemble a été empreinte de fraternité où l'humour a eu sa place, signe de connivences amicales qui dépassent les diversités et les différences, signe des pierres solides sur lesquelles s'élève l'Association que nous voulons faire vivre.
Durant notre marche ensemble nous avons pu apprécier la qualité des échanges à travers l'écoute et le respect des opinions, des suggestions et des propositions. Les divergences exprimées parfois avec une certaine vigueur n'ont pas altéré les liens qui se sont tissés ou renforcés. Cela prouve que nous tous ici rassemblés avons la conviction de vivre une mission, et que chacun d’entre vous a cette mission à cœur et la porte véritablement.
Alors nous voilà conviés à faire route, comme le rappelait la prière de ce matin, non pas seul, mais ensemble, même si nos rythmes sont différents.
Dans nos bagages nous emportons les lignes d'action, fruits de nos échanges et de nos réflexions. Il faut que, désormais, elles alimentent nos vies et notre mission. Certaines peuvent paraître difficiles à réaliser, mais acceptons qu'elles interrogent notre quotidien. Elles ne sont pas qu'une succession de mots : elles sont porteuses de vie et la vie parfois bouscule les habitudes et la routine qui pourraient scléroser notre marche en avant et éteindre les rêves qui se sont manifestés. Notre assemblée prend fin, mais ce n’est qu’une mise en route, à l’image de ce qu’a vécu St JB De La Salle qui « allait de commencement en commencement ».
Certes les situations des uns et des autres sont différentes, mais elles sont le reflet de cette mosaïque que nous composons et qui doit nous aider à mieux servir les jeunes qui nous fréquentent. L'harmonie des actions que nous poserons à travers l'application des lignes d'action sera source d'émerveillement et d'encouragement.
Nous avons vécu cette assemblée en association. Nous avons à rayonner cette expérience auprès de nos collègues, et que désormais toute décision soit prise en association avec d’autres. A l’image de ce que nous avons vécu dans les groupes et en assemblée, prenant en considération l’avis des autres, non dans le souci de faire accepter nos idées, mais surtout dans le but de s’enrichir mutuellement, je vous invite à vivre cet esprit d’association.
Tout cela, pourtant, ne pourra se réaliser et voir ainsi le jour si nous comptons sur nos seuls efforts. Il nous faut savoir mettre Dieu au cœur de nos vies. Les prières et les eucharisties, que nous avons partagées ensemble, témoignent déjà de cette volonté qui nous anime.
Pour terminer, je vous livre ces paroles de Sainte Thérèse d'Avila que fêtons aujourd'hui : " Ne nous plaignons donc pas d'avoir peur, ne nous décourageons pas de voir combien notre nature et nos efforts sont faibles. Tâchons plutôt de nous fortifier dans l'humilité, de comprendre clairement que nous ne pouvons pas grand-chose par nous-mêmes et que si Dieu ne nous favorise point, nous ne sommes rien ;méfions-nous totalement de nos forces, fions-nous à sa miséricorde."
Je vous redis, tout comme le premier jour : osons avancer malgré nos fragilités.
Permettez-moi à nouveau de vous remercier encore pour votre participation active. Merci en particulier à tous les acteurs visibles ou discrets qui ont permis le succès de cette Assemblée.
Frère Georges Absi
Visiteur
INTERVENTION du F. J. d'Huiteau A LA FIN DE l'A.M.E.L.
- Remerciement pour l’hospitalité.
J’avais entendu dire grand bien de l’hospitalité orientale. Je peux dire : Elle existe bel et bien. Je l’ai rencontrée.
-J'ai mieux compris que vous vivez dans un contexte où être chrétien c’est lutter pour faire reconnaître des droits :
le droit de vivre sur sa terre natale
le droit d’être un citoyen à part entière
le droit de pouvoir pratiquer sa foi
Ces droits sont légitimes. Ce n’est être fanatique que de les revendiquer.
En même temps être chrétien c’est se sentir responsable :
responsable d’instaurer une société plus juste
responsable de permettre aux garçons et aux filles d’être des êtres humains c’est-à-dire :
capables d’utilité sociale
capables de distance critique vis à vis de toutes les manipulations idéologiques, politiques, religieuses
capables d’accueillir l’autre même s’il représente l’oppresseur
responsable de construire la paix.
Ce sont des responsabilités redoutables car elles ne sont pas dans le sens de notre désir ou de nos réactions spontanées. Elles nous obligent à aller à contre-courant, à prendre des risques, à parier sur l’avenir, à pratiquer une ouverture ou un accueil quand tout pousse au repli identitaire, quand la réciprocité n’apparaît pas. Ces responsabilités, je peux témoigner que vous les assumez, non sans tâtonnement, non sans questionnement. Le travail de cette assemblée le manifeste.
Sans doute pas plus que l’Assemblée Internationale, pas plus que le Chapitre, elle ne clôt la recherche. Celle-ci doit se continuer, en particulier sur les points suivants :
la M.E.L. est une mission partagée dont la réussite est fondée sur l’existence d’équipes éducatives conscientes de la valeur et du sens de leur tâche, et soudées par un projet commun et des relations de type fraternel.
C’est ce que nous avons vécu tout au long de ces 3 jours. Mais il s’agit de faire entrer dans cette démarche et cet esprit tous ceux et celles avec qui nous travaillons. Je sais que ce n’est pas facile. C’est un travail qui n’est jamais fini. Mais c’est là que se vérifiera la pertinence de nos idées, leur réalisme et leur capacité à entraîner l’adhésion. Ce travail consiste à informer, expliquer, susciter le désir d’avancer et d’expérimenter.
* L’enjeu est certes l’efficacité des lignes d’action adoptées. C’est aussi le développement du sentiment d’appartenance. Ce sentiment passe par des réponses à des questions telles que :
* qu’est-ce qui implique le fait de travailler dans un établissement du réseau lasallien ?
* A quoi cela m’engage ?
* Qu’est-ce que cela peut m’apporter dans mon métier et dans ma vie humaine, morale, spirituelle ?
A plus long terme se joue ici l’avenir du réseau lasallien au Proche Orient.
En effet ce qui est en cause c’est la possibilité que se développent peu à peu l’esprit et la réalité d’une association lasallienne pour la mission. Cet esprit et cette réalité n’ont pas le caractère d’une évidence.
Un certain flou les marque. C’est un horizon dont on a parfois l’impression que comme tous les horizons il recule au fur et à mesure que nous avançons.
L'Association ne se réduit pas à une participation à l’œuvre éducative lasallienne mais celle-ci est la base « pour la mission »
Elle ne réduit pas à des relations conviviales, sympathiques ou épisodiques mais elle en a besoin.
Elle ne se réduit pas à la participation à des rencontres qui dépassent le cadre de l’école mais elle l’implique.
L’association, c’est
- un changement de regard sur le métier qui devient un « ministère »
- une volonté consciente et libre de s’engager au service des jeunes à la manière de J.B. de La salle : selon son esprit, selon le regard qu’il porte sur les jeunes
- le passage d’une conception individuelle de la tâche éducative (moi et ma classe, moi et mes élèves, moi et mon école) à une conception collective (nous et nos élèves, nous et notre école, nous et le réseau lasallien).
Ces évolutions, ces passages réclament un chemin, parfois long et tortueux. (cf. texte de Fadi). Ils amènent à des formes diverses de collaboration, d’engagement pour la mission, de partage de vie.Ils peuvent prendre la forme d’engagement public où chacun, les Frères et les Laïcs associés publiquement s’engagent les uns vis à vis des autres.
Sur ce chemin il y a un passage obligé. C’est celui de la formation. C’est pour vous une préoccupation. C’est un point où une collaboration dans un cadre non seulement de District mais de Région est possible voire nécessaire.
Tout au long de mon passage en Égypte j’ai entendu ce leitmotiv : « les élèves changent ». Je pense que l’on peut dire la même chose des enseignants : ils changent. Aussi la formation doit également évoluer, coller toujours plus au terrain, rejoindre les enseignants dans leurs préoccupations pédagogiques, éducatives, et en même temps leur offrir des horizons plus larges, plus vastes que leurs questions immédiates
Je suis sûr que vous portez ce souci. Cherchez ensemble à le traduire sur le terrain. Faites appel dans le District et hors du District à des personnes compétentes et ouvertes à vos problématiques. Ayez le souci de former des formateurs dont vous aurez besoin dans les années à venir.
Je m’arrête là pour ne pas dépasser le temps qui m’est imparti.
Encore une fois, merci – Chocran…
Grâce à vous j’ai un peu mieux compris ce que vous vivez.
Grâce à vous je mesure mieux ma responsabilité. Je vous prie de croire que j’entends l’assumer le mieux que je pourrai, à ma place qui n’est pas celle d’un Visiteur ni au-dessus d’un Visiteur, mais à vos côtés et aux côtés de Georges qui vient d’être renommé pour 4 ans sans aucune hésitation et avec une totale confiance de la part du Supérieur général et de son Conseil.